Ferdaous, une voix en enfer

12,25

Qu’est-ce qu’un roman féministe en langue arabe ? Une voix d’abord – ici, une voix «en enfer» d’une femme prénommée Paradis -, un murmure nocturne, un lamento à travers les claies de la pénombre et qui trouve naissance dans l’ancrage soudain éclairci d’un intérieur privé de ciel. Une blessure aux rets trop anciens, ouverte enfin pour, peu à peu, assumer son chant. Et la révolte se développe à la recherche de mots neufs, du timbre rauque, incongru, de l’imprécation en huis clos, et la révolte s’enroule ici du rythme circulaire et récurrent de son dit…
Ce dit féminin de la contestation en langue arabe, j’imagine que, durant des siècles et dans le silence des sérails, il se chuchotait d’oreille à oreille de femmes cernées : soupirs, cris en dedans écorchant l’écoute sororale, elle-même incarcérée… J’imagine qu’il ne pouvait prendre son vol, non tant par crainte des gardiens et d’un maître que par ignorance d’un horizon hors harem. L’espace mouvant, dansant, mobile et libre des yeux autres ne se concevait pas. Quel mot arabe nous en aurait proposé l’image, l’illusion avivée ?
La voix de Ferdaous, petite prostituée non déchue du Caire – et derrière elle, perçant les détours de cette fiction, la voix de Nawal El Saadawi, écrivain arabe d’aujourd’hui -, est une voix haute.
Il ne s’agit plus d’expliquer ou de justifier le défi. Il suffit que le défi se déroule, ici dans la convention d’une confession de femme à femme, et jusque dans les soubresauts et convulsions d’étapes de mélodrame. Il suffit que le défi de la voix féminine se dépouille de plus en plus haut, avec une énergie qui lancine. (…)
Ferdaous en langue arabe signifie «paradis», et c’est donc une femme prénommée Paradis qui, la veille d’être pendue pour avoir tué un homme, interpelle, d’une «voix en enfer», toutes les femmes d’une société où l’oppression sexuelle séculaire commence à peine à être dite de l’intérieur


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